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Le petit journal n° 6

vendredi 17 avril 2009

Dans le précédent numéro Noëlle Charbonnier nous relatait son séjour en Andra Pradesh, en Inde, auprès de Peter Daniel ; et c’était l’occasion d’une passionnante présentation de l’association LITDS, engagée auprès des « Tribal people ». Pour notre petit Journal de ce printemps 2009, Jean-Pierre Rossignol nous emmène pour un voyage au Nicaragua, à Cinco Pinos exactement, auprès de notre partenaire la Coder, découvrir leurs engagements, leurs actions et plus spécialement les projets actuellement soutenus par Demains.

Hélène Sauvage

La CODER

Notre partenaire en Amérique Latine, est la COmmission de DEveloppement Rural (CODER) association de la commune de Cinco Pinos au Nicaragua.

Beaucoup d’entre nous connaissent cette organisation depuis de nombreuses années. En effet c’est par Chantal Gourdon que des relations privilégiées entre cette association et des Français se sont développées.

Cinco Pinos se trouve dans le Nord-Ouest du Nicaragua, à 240 km de Managua dans une région accidentée à une altitude comprise entre 300 et 600 m ; les pentes sont parfois fortes. Le climat de Cinco Pinos est un climat tropical contrasté avec deux saisons : la saison sèche de décembre à avril et la saison des pluies de mai à novembre, où les pluies peuvent être très fortes. Les précipitations annuelles sont variables de 1500 à 3000 mm, Les fortes pentes alliées aux fortes précipitations ont de grandes conséquences sur les sols comme une érosion de la couche arable. Le « municipio » (commune) compte environ 8000 habitants sur une surface de 7900 ha, soit environ 100 habitants par km2. L’agriculture est une agriculture de subsistance, tournée vers la culture des « grains de base » maïs, haricots et sorgho. Le système traditionnel est celui de défriche – brûlis : la parcelle est cultivée plusieurs années avant d’être laissée en friche pour reconstituer la fertilité du sol. La friche est brûlée avant la mise en culture. Mais l’augmentation de la population entraîne un retour plus fréquent sur la parcelle et ne permet plus une reconstitution de cette fertilité. Ces trois cultures permettent de satisfaire les principaux besoins de la famille. Les agriculteurs possèdent aussi quelques animaux, vaches et chèvres. Mais les plus pauvres ne possèdent pas de terre et sont actuellement environ 50% d’entre eux.

Dans le livre « Qui es-tu, ô Nicaragua ? » Chantal note qu’en 1985 apparaît à Cinco Pinos la COMMISSION SOCIALE, née de la révolution sandiniste dans cette zone frontalière avec le Honduras, base de la « contra ». Cette commission sociale a comme objectif de mettre en place les réformes lancées par l’état et les municipalités.

En 1994, elle décide de se transformer en association, reconnue juridiquement par le gouvernement : la CODER Elle est composée de paysans pauvres, et a pour objectif de contribuer à résoudre les problèmes sociaux et économiques des familles rurales. Une réflexion s’installe avec des délégués élus de chaque communauté (hameaux) ; un programme de microcrédits est mis en place, pour les familles les plus en difficulté.

Les principes d’action de la CODER sont les suivants :

-  Promouvoir la participation active des paysans par la recherche et l’exécution d’actions qui aident au développement productif et social des communautés.

-  Aider fondamentalement le paysan pauvre en respectant son esprit d’organisation et sans faire de différences religieuses ou politiques

-  Développer des actions qui fortifient la solidarité, la responsabilité, et l’auto-développement pour le bénéfice des secteurs pauvres de la campagne.

La CODER veut :

-  Contribuer à résoudre les problèmes sociaux et productifs des paysans les plus pauvres, en insufflant un esprit de solidarité et de responsabilité entre les membres des projets, en combattant le fatalisme, la passivité et le paternalisme.

-  Développer les actions de défense et de récupération des ressources naturelles et protéger l’environnement.

-  Développer des programmes simples de formation de la population avec des techniques d’éducation populaire.

-  Établir des relations avec des organisations internationales qui adhèrent aux objectifs et principes de la CODER.

De nombreux programmes se sont donc développés depuis 1984, par exemple :

-  Un des premiers projets de la CODER a été la création d’un système de stockage et de commercialisation des grains de base : le regroupement des petits paysans a permis de ne plus avoir affaire à des intermédiaires qui captaient les bénéfices.

-  Un service de micro-crédits est mis en place pour de petits besoins comme par exemple, réparation d’un toit, agrandissement d’une maison, achat de petits matériels, achat de bétail, démarrage de commerce ou d’artisanat. Les taux d’intérêt sont modiques.

-  Une cantine pour les enfants de 2 à 6 ans, pour lutter contre la dénutrition infantile. Les mères de chaque hameau s’organisaient pour préparer les repas, et mettre en place des formations. Ce programme s’est arrêté lorsque il a été pris en charge par les collectivités.

-  La santé a toujours été une préoccupation de la CODER. Deux objectifs sont poursuivis : améliorer les problèmes de santé courants (diarrhées, problème de peaux, toux) mais aussi utiliser les ressources végétales indigènes pour pratiquer la médecine par les plantes. Ce programme s’adresse aux femmes qui cultivent de petits lopins de terre. Des latrines sont construites dans différents hameaux.

-  L’eau est aussi une préoccupation majeure : il faut apporter l’eau aux petits hameaux pour que les femmes et les enfants n’aient plus cette corvée à réaliser chaque jour. Plusieurs projets d’adduction d’eau ont été réalisés avec l’aide des habitants qui ont creusé les tranchées et installé les conduites. Chaque famille possède une arrivée d’eau à côté de sa maison. Cette eau est traitée et sa qualité contrôlée.

-  Un programme important a été mis en place en 2002 avec l’aide d’une ONG irlandaise pour mettre en place un cadastre. L’absence de titres de propriété a toujours créé des conflits et engendré des injustices. L’utilisation des techniques modernes comme le GPS et les SIG pour récolter les données de terrain et tracer la carte sur ordinateur a été faite par les habitants eux-mêmes.

-  Le développement d’une agriculture plus performante en créant des groupes associant un propriétaire et deux ou trois familles de paysans sans terre permet de mettre en place des cultures maraîchères et fruitières irriguées.

-  Une bibliothèque a été ouverte au centre bourg ; de nombreux enfants des écoles y viennent et aussi des adultes. Depuis peu elle se « décentralise » vers les hameaux.

Deux programmes sont actuellement suivis par DEMAINS :

• Femmes et médecine naturelle : L’objectif est de former des femmes et des groupes organisés à l’utilisation des plantes pour soigner les « petits » problèmes quotidiens de santé, comme le faisaient leurs ancêtres :
-  création de jardins de plantes médicinales
-  formation aux vertus thérapeutiques des plantes
-  formation de nouvelles techniques de conditionnement et d’hygiène.

• Gestion du bétail : L’objectif du projet est de mettre fin à la libre circulation des troupeaux d’élevage sur les terres (dite pratique extensive), ce qui provoque l’érosion des sols, des glissements de terrain, la pollution des sources et la perte de la couche fertile, nécessaire à la production agricole. A terme, toute l’économie familiale s’en trouve affectée.

Dans un premier temps, le projet bénéficiera à près de 80 familles de petits et moyens éleveurs des 9 hameaux de la commune de San Juan de Cinco Pinos, choisies en fonction de leur motivation et de la taille de leur exploitation. Elles seront accompagnées par un conseiller technique.

Concrètement il s’agit :
-  d’améliorer l’état nutritionnel des troupeaux par la mise en place de surfaces de pâturages améliorées et clôturées et la fourniture de bons fourrages,
-  de diminuer le taux de mortalité des troupeaux par une meilleure surveillance sanitaire,
-  de renforcer les connaissances et les bienfaits des techniques de gestion semi-intensive par la formation et la sensibilisation des familles. La mise en œuvre du projet permettra aux familles de rentabiliser leur élevage et d’améliorer leurs conditions de vie économiquement parlant. Une partie des bénéfices devrait être reversée à la CODER pour permettre de constituer un fonds de roulement et de réinvestir les sommes au profit d’autres familles de la commune.

En liaison avec d’autres associations qui collaborent avec la CODER, nous organisons la venue de Jorge, le président actuel et de Yasmina la bibliothécaire en France en juin ou en juillet. Nous aurons ainsi l’occasion d’avoir des nouvelles fraîches de tous ces programmes.

Jean-Pierre Rossignol

P.-S.

Télécharger (ci-dessous) le petit journal n° 6, texte intégral (format .pdf)

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